l'oreille et le tir

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l'oreille et le tir

Message  longrifle le Lun 29 Avr - 23:43


l’oreille et le tir

Le docteur Jean-Emmanuel MONNEYRON (médecin de la ligue d’Auvergne, membre de la commission nationale sportive à 300 mètres et lui-même tireur sportif accompli explique) :

L’oreille (au sens large) intéresse la pratique du tir sportif dans la mesure où cet organe assure 2 fonctions primordiales.
•D’une part la fonction auditive assurée par le pavillon, l’oreille externe, l’oreille moyenne, et l’oreille interne ou cochlée.
•D’autre part l’oreille participe à la gestion de l’équilibre et de la verticalité par l’intermédiaire du labyrinthe postérieur, (utricule, saccule, canaux semi-circulaires).

L’étude de la gestion de l’équilibre fera l’objet d’un travail séparé car rentrent également en ligne de compte dans la gestion de la verticalité et l’équilibre intéressant le tireur sportif, la proprioception, et de nombreuses interactions au niveau du système nerveux central.

En ce qui concerne la fonction auditive, c’est surtout la prévention des lésions auditives pouvant être induites par la pratique du tir sportif qui nous intéressera ici.

Rappels sur la physiologie de l’audition

La sensation auditive résulte de la transformation par l’oreille interne de variations de pression en signaux électriques codés.

En effet, tout bruit (qui n’est en fait qu’une succession de variations de pression par unité de temps en milieu aérien) sera d’abord capté par le pavillon et le conduit auditif, puis cette vibration sonore mettra en mouvement le tympan qui, par l’intermédiaire du système des osselets (marteau, enclume, étrier) réalisera une première amplification sonore.



A partir de l’étrier cette vibration est transmise dans l’oreille interne (milieu liquide) qui effectuera la transduction de ces variations de pressions en signaux électriques utilisables par le système nerveux central (cette fonction est assurée par les cellules sensorielles de l’oreille interne, les cellules ciliées internes et externes).

Le réflexe stapedien

Il existe un mécanisme de protection de la fonction auditive à l’état normal chez tout individu, c’est le REFLEXE STAPEDIEN.

Ce réflexe met en jeu, lors d’une stimulation importante, une contraction des muscles du marteau et de l’étrier, qui réalisent une modification de l’orientation des osselets pour diminuer la transmission mécanique des sons.

La mise en jeu de ce réflexe demande quelques centièmes de seconde, ce réflexe sera donc utile lors de l’exposition à des bruits importants mais prolongés dans le temps. Il est malheureusement totalement inefficace dans le cas d’une exposition des bruits impulsionnels extrêmement rapides tels que ceux réalisés par les armes à feu modernes.

On conçoit donc alors l’intérêt d’une protection auditive efficace lors de la pratique du tir, d’autant que les lésions occasionnées à l’oreille interne par des bruits violents sont la plupart du temps irréversibles.

Ces lésions cochléaires prédominent sur les fréquences aiguës dans la mesure où la véritable onde de choc est transmise au niveau du premier tour de spire de la cochlée et se réfléchissent en général dans une zone sensorielle correspondant à la fréquence de 4000 Hz.



La destruction des cellules sensorielles correspondant à ces fréquences aiguës pourra alors rapidement avoir un effet désastreux sur la compréhension du langage parlé, la discrimination des consonnes se faisant avec difficulté.

Au niveau du tir

Le tireur isolé à l’entraînement verra apparaître des lésions de localisation différente par rapport à la discipline qu’il tire, et la protection auditive ne devra être portée que pendant les phases effectives de tir.



POUR UN TIREUR DROITIER, en pistolet, c’est l’oreille droite qui est touchée la première par l’onde de choc résultant du coup de feu,
•pour un carabinier droitier ce sera l’oreille gauche,
•chez un tireur de plateau c’est également l’oreille gauche qui est en première ligne,
•chez un tireur à l’arme ancienne le problème est à peu près équivalent,

Les tireurs de silhouette métallique ou de parcours de tir présenteront des lésions finalement peu latéralisées compte tenu de leur position.

Le problème sera tout à fait différent en compétition puisque les ondes de chocs viennent de tous côtés et à tout moment. La protection devra donc être permanente tant que le tireur se trouve au pas de tir.

Heureux sont les arbalétriers dont les armes sont nettement plus silencieuses et n’occasionnent en règle, pas de traumatisme sonore !

Les tireurs à l’air comprimé devraient à mon avis par principe se protéger ne serait-ce que pour améliorer leurs possibilités de concentration.

On comprend alors que la prévention des lésions irréversibles pouvant être reliées à la pratique du tir sportif sans protection est essentielle.

Les protections

DEUX MOYENS SONT A NOTRE DISPOSITION
1.D’une part, le classique casque antibruit qui pose l’éternel problème de la tolérance par forte chaleur, et le problème de son ergonomie lors de l’utilisation d’armes d’épaule.
2.La deuxième méthode consistera à obstruer le conduit auditif par différents moyens.

Le seul procédé acceptable est la réalisation d’un embout anatomique moulé après prise d’empreintes et réalisé par un professionnel compétent, dans une matière atraumatique et réellement absorbante sur le plan acoustique.

Il faut insister sur le fait que la simple réalisation d’un moulage par une pâte à empreinte ne saurait en aucun cas réaliser une protection efficace et fiable :
•d’une part l’absorption sonore est très insuffisante,
•d’autre part le manque de finition de surface d’une empreinte et son sous-calibrage obligatoire même en appliquant un vernis de finition rend ce “bricolage” totalement inadapté.

Les petits bouchons de couleur (la plupart du temps jaunes) que l’on trouve dans le commerce sont totalement inopérants ne serait-ce que sur un strict point de vue d’hygiène, leur efficacité acoustique est, là-aussi, plus que relative.

Protections externes (casque) et internes (embouts moulés) seront à utiliser de concert dans la pratique de disciplines “agressives” (par exemple carabine 300 m).

L’auteur de cet article, utilisateur de cette protection combinée, n’est pas encore trop “diminué” malgré maintenant 12 ans de pratique “acharnée”…



Docteur Jean-Emmanuel Monneyron dans Les cahiers du pistolier et du carabinier

longrifle

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